🗞 Récemment, une tribune rédigée par le Dr Judith Trinquart a été partagée sur Le Monde, concernant la manière dont sont menés les entretiens avec les personnes qui sollicitent l’ asile.
💡 Il est question des entretiens à l’Ofpra – Office français de protection des réfugiés et apatrides ou des audiences CNDA – Cour Nationale du Droit d’Asile, où sera décidé la reconnaissance du statut de réfugié, ou l’octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.
C’est l’affaire d’une vie.
🔎 Alors, « Comment les personnes demandant l’asile peuvent-elles “prouver” la véracité des horreurs qu’elles ont subies ? » énonce le Dr. Judith Trinquart.
Parce que l’enjeu est là.
Il faut prouver son vécu.
Et, effectivement, faute de preuves tangibles du fait d’un parcours d’exil chaotique où la priorité est la survie, il faut prouver par le récit, par la manière dont sont racontées les scènes vécues. Il est demandé des détails, de la crédibilité, de la constance, à des personnes ayant des psychotraumatismes ou pouvant souffir du « phénomène de la mémoire traumatique ».
Ainsi, voici des motifs-types de rejets de la demande (exemples tirés de décisions CNDA*) :
– « ses déclarations sont apparues sommaires et peu convaincantes. » ;
– « Par ailleurs, il est peu probable que (…) » ;
– « Par ailleurs, ses motivations (…) sont apparues troubles et peu vraisemblables » ;
– « Ces indications demeurent peu étayées et les déclarations imprécises et peu cohérentes de l’intéressé ne sauraient permettre de (…) » ;
– « Considérant, dans un second temps, que les propos évasifs, peu détaillés et impersonnels du requérant (…) » ;
Tout repose sur la conviction subjective emportée ou non des juges ou de l’officier(e). Sans cela, la personne aurait inventé ou menti, car il serait impossible d’admettre qu’une éloquence peu convaincante pourrait être la conséquence de traumatismes vécus.
➥ Cette tribune fait écho au “Mythe du réfugié menteur : un mensonge indispensable ?”, article écrit par Cécile Rousseau et Patricia Foxen, publié en 2006 dans la revue L’Evolution Psychiatrique.
💡 Dans l’article, le mythe du réfugié menteur est abordé sous le prisme de la psychologie, du politique et du sociétal plutôt que juridique.
Il est dénoncé comme outil du pouvoir mais d’une certaine manière également outil (de survie) des personnes exilées face aux politiques migratoires de plus en plus restrictives et, on le sait, mortifères.
En voici un extrait :


*: Cet article a pour objet le débat/la critique du système de l’asile en lui meme, et de sa construction. Nous connaissons les mauvaises conditions de travail des personnels CNDA, les renvois pour heure tardive, la surcharge des rôles ou même les pressions subies par certains juges ayant osé témoigner auprès de Mediapart.